Les Landes naturistes
À Montalivet, le corps cesse d’être un secret. Il circule dans l’espace avec une évidence tranquille. Il marche, attend, s’allonge, disparaît derrière une dune, réapparaît au détour d’un chemin. Nu parmi les autres corps, parmi les arbres, les façades et les objets, il semble perdre ce que le vêtement lui attribue d’identité pour devenir une présence, simplement. C’est dans cette étrange banalité que je photographie. Ici, le regard ne rencontre pas seulement des corps, mais une société qui a choisi de déplacer les limites du visible. Ce qui appartient habituellement à l’intime s’inscrit dans le paysage commun. Les corps vieillissent, se ressemblent, se distinguent, s’oublient presque. La nudité, à force d’être partout, finit par ne plus être le sujet. Reste alors ce qui m’intéresse depuis toujours : les gestes, les attitudes, les distances, les petits arrangements avec le réel. Cette part de théâtre involontaire qui apparaît lorsque les hommes et les femmes occupent un territoire selon leurs propres règles. Je photographie ce monde sans chercher à le juger ni à le révéler. Je m’y tiens comme face à une scène familière dont quelque chose, pourtant, demeure légèrement étranger. Entre le corps et le paysage, entre l’intime et le collectif, Montalivet devient ainsi un territoire où se joue une expérience très ancienne et très contemporaine : celle de regarder l’autre, et de se reconnaître soi-même dans ce regard.